Résumé de thèse / Thesis summary

Publié le par Sophie Tournon

Sophie Tournon, Docteure à l'INALCO, Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris.

Soutenance janvier 2007

Contribution à l'étude des Meskhètes. Enjeux d'une identité contestée.

             Cette thèse traite de la question de l'identité des Meskhètes, population musulmans composite déportée de Géorgie en 1944 et interdite jusqu'à présent de retour dans sa "patrie historique".

 

  La première partie introduit la problématique de la définition de cette population. Ni point de vue géographique, ni de celui du statut, les Meskhètes ne constituent une communauté compacte, les nombreux ethnonymes les désignant en faisant foi. En effet, les Meskhètes sont éparpillés dans toute la Communauté des États Indépendants à l'exception de la Géorgie, et en Turquie. Au mieux, ils bénéficient de la citoyenneté du pays où ils résident, ou du statut de réfugié, au pire ils sont apatrides. Enfin, les Meskhètes sont divisés quant à leur identité: selon leur conception de leur histoire et de leur origine ethnique, ils se désignent par des ethnonymes marqués: Turcs Meskhètes, Ahiska, Meskhs...

             La deuxième partie analyse le traitement de la question du rapatriement en Géorgie sous tous ses aspects. Nous étudions le positionnement des différentes autorités en fonction des pressions internes et externes, en posant la question des relations tendues avec la Russie. Nous examinons ensuite l'impact de cette question sur les sociétés civiles, en partant du constat de la banalisation d'une certaine xénophobie depuis 1991 et d'un soupçon généralisé sur la place des minorités en Géorgie. Parmi celles-ci, les Arméniens de Géorgie sont particulièrement concernés par le retour potentiel des Meskhètes: la Meskhétie d'où ces derniers sont originaires fait partie de la région de Samtskhé-Djavakhétie où vit la minorité arménienne. En outre, le rapatriement est devenu une condition pour l'entière adhésion de la Géorgie à l'Union Européenne, ce qui lui donne une dimension internationale. Enfin, nous posons la question de l'acception et de l'interprétation des concepts-clés liés au rapatriement: patrie, histoire officielle et mémoire divergente, concepts qui se retrouvent au centre d'un débat proprement géorgien entre tenants d'un retour sous conditions, partisans d'un rapatriement inconditionnel et opposants à tout traitement de ce sujet. Au-delà de ces concepts, l'identité même des Meskhètes est remise en cause, et semble poser défi à l'identité géorgienne « standard », idéalement canonisée depuis le XIXè siècle.

             La troisième partie revient sur les « racines » de ces interrogations identitaires, en partant de l'événement que fut la déportation suivie de l'exil. Nous retraçons le parcours de ce qui est pour un temps une sorte de communauté soudée par la nostalgie et la mémoire de l'avant-déportation, puis qui se scinde progressivement sous l'impulsion de leaders fondant des associations de défense de leurs droits et de leur identité. Ces scissions structurelles correspondent à des divisions d'ordre idéologique (origines géorgiennes ou turques) et stratégiques (revendications de rapatriement en Géorgie ou en Turquie ou d'assimilation sur place). Enfin, nous décrivons l'éclatement de cette population en archipels de communautés. Pro-géorgiens et pro-turcs se séparent alors définitivement. En juin 1989, les pogroms de Ferghana, en Ouzbékistan, achève de disperser et de morceler les Meskhètes, pour qui il est désormais impossible de parler de « communauté ».

             La dernière partie reprend les termes du débat opposant les deux conceptions de l'identité des Meskhètes, débat enfermé dans une conception ethniciste et essentialiste de l'histoire. A travers les travaux d'historiens spécialistes des Meskhètes, nous remontons le cours de l'histoire non seulement pour contribuer à l'étude des Meskhètes, inconnus en France, mais aussi pour développer les idées et les arguments qui sont à la source des blocages politiques, moraux, historiques et institutionnels relatifs à la question du rapatriement.

             Nous concluons sur le fait que la question de l'identité des Meskhète demeure ouverte car multiforme, dynamique, toujours « en chantier ».

 

 

English

Contribution to the study of the Meskhetian people. A contested identity at stake. 

 

  

 This present thesis addresses the question of the Meskhetians' identity, deported in 1944 from Georgia to Central Asia.

 

 The 1rst part describes the present situation of this scattered population: far from being a compact community, Meskhetians are dispersed all over CIS except Georgia, their «historical homeland». Besides, they experience many different statuses, from assimilation to statelessness, depending on where they live.

The 2nd part analyses the particular case of presentday Georgia and the so far unresolved crucial question of repatriation, from the point of view first of the Georgian authorities after 1990, then of the civil societies (Georgian population, Armenian minority, NGO). Finally, the question of the Meskhetian identity opposed to the Georgian one refers to problematic notions of citizenship, homeland, official history and divergent memories.

These concepts lead to the study, in the 3rd part, of what is the «core» of our interrogation: is the Meskhetian identity a soviet «creation»? The study of their exile period shows the raising of movements for liberty and right to repatriation, led by «nation makers», that split up in organisations opposed on the question of their origin and identity. The deported community awakens, becomes politicised, splits up but doesn't die out.

The last part analyses the fundamental discourses of two historians representing the main Meskhetian movements opposed about their history and Turk or Georgian origins, and concludes on the fluctuating nature of this split identity.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Article

Commenter cet article